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sud

rempart de la moustiquaire vitres ouvrant le cœur soudain le chant des cigales s’éteint pleine lune sa lumière efface les étoiles attente mystère absence creusée par la disparition progressive des gutturalités enfantines répétition silence la maison se referme sur elle accordéon du poumon balancelle des sentiments dehors le chaudron empêche de respirer dehors on vit toujours on avance forçats fouettés au sang on rêve du voilier si loin du temps et de la terre là-bas sur les infinis où le regard se perd retour réalité ici bloqué par les gris marrons verts propices à la méditation chênes verts et chênes blancs violemment entrelacés terrasse soleil terrasse frondaison et l’eau qui chuinte berceuse enrayée enfance murmures les murets du passé rappellent les vieux tabliers folie animale les geckos dormeurs sursautent d’un bond de crise cardiaque terre carapace rouge et dure où les doigts saignent secret transmission l'âme chante quand même

Texte de Luc Fayard en hommage à Tristan Tzara et Jean Arp, Vingt-cinq poèmes, dix gravures sur bois, Collection Dada Zürich; voir la mise en scène illustrée par quatre oeuvres de Sophie Taeuber Arp dans Galerie Amavero

madeleines

la maison fait penser
aux madeleines de Proust
exhalant un passé
teinté de mystère
et de failles de scénario
ici et là dans l’histoire
le feu des souvenirs
se mélange au miroir
du présent recomposé
qui sommes-nous
dans l’aller-retour constant
de la mémoire trouée

fière

la maison trône fière
sur la colline
l’avant-garde solide
de ses balcons de bois
protège ses secrets
elle nous dit c’est moi
qui ait tout vu tout connu
je suis imprégnée d’histoire
de cris et de chuchotements
je sais tout et ne dirai rien
puis elle se tait

allusions

l’étape est franchie
de la forme ne reste que
couleurs réinventées
et allusions
chaque chose
pourtant à sa place
on devine on imagine
on se laisse emporter
par la musique des teintes accolées
on voit la maison
on voit les arbres
on voit l’eau
ensuite
on ferme les yeux
et le spectacle continue
en chacun de nous

lumière du soir

on entend craquer
la vieille charpente
et les poutres lasses
la lumière appose
son filtre d’or tamisé
sur la pièce alanguie
le canapé attend
son visiteur du soir
venu d’un pas lent
il franchira la porte
se penchera pour saisir
le livre hier délaissé
et s’assiéra encore
le bras sur l’accoudoir
quelque part dans la maison
une horloge fatiguée
décompte le temps

l'arbre dit aux maisons

l’arbre dit aux maisons
vous voyez la mer là-bas
elle vient vers vous
pour vous envelopper
de son odeur salée
ici la lumière étincelle
le vent est un allié
espiègle et volage
quand le soleil s’invite
le temps paresse
et le sourire des gens
se plisse et rêve

petit fleuve

hiératiques maisons
le long de l’eau courant
ce filet est un fleuve
le plus petit de France
on a envie de le suivre
parce qu’on sait
qu’il conduit à la mer
dans le village
l’eau passe tranquillement
entre les murs fiers
qui la regardent de haut
sur le chemin vers l’aval
il reste peu de moulins
et peu de cressonniers

ferme

il y a quelques années
c’était une ferme
pleine de bruits
et d’animaux
aujourd’hui
havre de paix
de quiétude de silence
mais les toits et les murs
rappellent les temps du labeur
et des mains calleuses
le passé et le présent
s’épaulent pour un futur
d’équilibre et de bonheur

village de bord de mer

on a envie d’aller
au bout de la rue
découvrir ce qui se cache
au-delà des angles tranchants
des maisons pimpantes
des murs
toucher derrière les portes
et les fenêtres closes
cette vie secrète
et pourtant bien réelle
on sent la mer proche
qui nous appelle
on entend avec elle
le cri rauque des mouettes
et des goélands
c’est une promenade sans fin
égayée par les couleurs de la vie
reflétées sur les murs

maison secrète

il était une fois
sous un ciel gris
une triste allée d’arbres
aux feuilles d'étendards

de chaque côté
la haie touffue
la serrait en pressoir
à l'abri du vent

sur le lac gelé par les ans
le sentier menait 
en se rétrécissant
à un manoir secret

jamais personne n'y entra
moi seul connut celle qui l'habita
belle comme un fantôme glacé

pluie rouge

la pluie rouge tomba sur la ville
honteuse la mer partit se cacher
emportant avec elle les poissons affolés
les maisons blanches tremblaient de peur
puis un cri vibrant jaillit de la cote
déclamant aux gens perdus
creusez loin 
cherchez au-delà de l’illusion
née du cauchemar des hommes
vivez le présent
et ses cadeaux
le sourire revint sur les quais
et le monde finit par s’habituer
à ces couleurs nouvelles
qui rendaient leur vie plus joyeuse

Conseil: une fois sur les poèmes, passez d'un texte à l'autre avec les flèches du clavier